En 2026, la Fédération Wallonie-Bruxelles veut porter le minerval à 1.194€. Une hausse jugée nécessaire, mais dénoncée par étudiants et associations, qui craignent un frein à l’accès aux études.

La réforme du minerval s’inscrit dans un contexte plus large de définancement, de restriction budgétaire et de pression accrue sur les conditions d’études en Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle intervient après d’autres réformes importantes du secteur, notamment la réforme de la finançabilité et le nouveau décret paysage,

Alors que la précarité étudiante et le recours au job étudiant sont des indicateurs en hausse, le gouvernement Degryse justifie cette nouvelle mesure par la nécessité de renforcer les recettes de la FWB, mais aussi par la volonté de mieux cibler les aides allouées aux publics précaires. Selon les communications officielles, la mesure devrait rapporter jusqu’à 10,8 millions d’euros en 2026 et davantage à partir de 2027. Le gouvernement présente aussi la hausse comme une correction d’un gel du minerval qui n’aurait pas été indexé depuis 2011.

Les recettes supplémentaires annoncées alimenteraient le budget de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Cette logique budgétaire nourrit les critiques d’une réforme pensée d’abord comme un outil d’économies.

Un nouveau cadre tarifaire

Jusqu’ici, le système distinguait surtout trois profils : les boursiers, les étudiants à revenus modestes et les autres. La réforme prévoit quatre statuts : boursier, condition modeste, intermédiaire et minerval plein, avec un tarif plein porté à 1.194 euros et un tarif réduit maintenu à 374 euros pour certains étudiants. Elle sera ensuite indexée chaque année.

La mesure concernera l’ensemble de l’enseignement supérieur, y compris les universités, hautes écoles et écoles supérieures des arts. Selon les estimations officielles, environ 58% des étudiants seraient touchés par la hausse du minerval.

Des paradoxes flagrants

Cette réforme met en lumière plusieurs incohérences.

Premier paradoxe : la hausse du minerval est présentée comme une mesure d’économie, alors que le supérieur est généralement conçu comme un investissement social et économique. Notre chance d’accès à un travail décent, stable et de qualité augmente en fonction de notre niveau d’enseignement avec un effet retour sur investissement plus rapide ;

Deuxième paradoxe : la déclaration de politique communautaire (DPC) met en avant le bien-être étudiant, la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et la lutte contre la précarité. Pourtant, une hausse du coût d’entrée dans les études risque d’aggraver précisément la précarité étudiante, les difficultés financières et le renoncement aux droits. L’ARES a d’ailleurs exprimé des inquiétudes sérieuses sur l’impact de la réforme sur la démocratisation de l’enseignement supérieur ;

Troisième paradoxe : le nouveau décret paysage vise à simplifier et raccourcir les études dans le supérieur, mais dans un contexte où les étudiants précarisés travaillent davantage pour financer leurs études, cela peut produire l’effet inverse : moins de temps pour étudier, plus de fatigue, plus d’échec et, in fine, un allongement du cursus. Cette tendance s’explique avec les alertes sur la progression du job étudiant.

Montée des critiques et mobilisation

La Fédération des étudiants francophones (FEF) et la Ligue des familles se sont fermement opposées à la réforme, estimant qu’elle accroîtra les inégalités et restreindra l’accès à certaines filières, notamment dans les hautes écoles et les écoles supérieures des arts.
Les organisations étudiantes appellent à une mobilisation contre une mesure jugée socialement injuste, et dénoncent la disjonction entre le discours politique sur le bien-être étudiant et la réalité économique des jeunes en formation.

De son côté, l’ARES a exprimé des réserves quant à l’impact de la réforme sur la démocratisation de l’enseignement supérieur ainsi que sur les modalités concrètes de sa mise en œuvre.

Enfin, le conseil des recteurs francophones (CRef) a également alerté sur les effets conjugués de l’augmentation du minerval et du sous-financement persistant des universités.

Les CPAS en première ligne

Bien que les bénéficiaires du CPAS soient en principe couverts par le statut de boursier, la réforme pourrait entraîner des effets indirects sur l’action sociale locale. Elle est susceptible d’accroître les demandes d’aide, ponctuelles ou durables, liées aux frais d’inscription, aux coûts annexes et aux déséquilibres budgétaires des ménages.

La Fédération des CPAS bruxellois, dans ces différentes revendications, plaide pour une approche inverse : réduire le coût global des études, simplifier l’accès aux bourses et automatiser les droits pour les publics déjà fragilisés.