Le rapport BCRA, première évaluation nationale des risques climatiques en Europe, dresse un état des lieux inédit des menaces que le changement climatique fait peser sur la Belgique. Brulocalis a assisté à la présentation officielle du rapport.
Le 6 novembre, le Centre d’analyse des risques du changement climatique (CERAC), mandaté par le Conseil national de sécurité, a présenté le Belgian Climate Risks Assessment (BCRA), la première évaluation nationale des risques climatiques à l’échelle d’un pays en Europe. Ce rapport arrive à un moment charnière : le gouvernement fédéral doit élaborer une nouvelle stratégie nationale d’adaptation et un plan d’action destiné à faire face à la multiplication des événements météorologiques extrêmes.
Des risques écologiques, mais aussi économiques
Plus qu’un inventaire des dangers pour la nature, le BCRA met en lumière l’ampleur des risques économiques et financiers que le dérèglement climatique fait peser sur nos sociétés, et donc sur les pouvoirs locaux qui en supportent une partie importante des conséquences. Le rapport détaille vingt-huit risques regroupés en cinq clusters (écosystèmes, alimentation, infrastructures et bâtiments, santé et bien-être, finance et économie) et identifie six risques demandant une action urgente : la fragilisation du secteur des assurances face aux inondations, l’augmentation du risque pandémique par maladies zoonotiques, l’impact des vagues de chaleur sur la santé humaine, les dommages aux bâtiments liés aux inondations, la dégradation des sols menaçant la production alimentaire et les pertes de récoltes liées aux conditions météorologiques défavorables. Le message est clair : renforcer la résilience climatique, c’est aussi protéger la résilience économique des territoires et des ménages.
Des conséquences pour les communes
Brulocalis a suivi la journée de présentation et les panels avec une attention particulière pour les conséquences concrètes pour les communes. Lors du premier panel, Hein Lannoy, directeur général d’Assuralia, a alerté d’une réalité qui devient tangible : dans un avenir proche, les assureurs belges pourraient ne plus être en mesure d’indemniser intégralement les dégâts causés par des catastrophes naturelles comme les inondations. Si les couvertures privées diminuent, cela pose immanquablement la question d’une participation publique pour combler les lacunes, mais aussi celle du rôle des communes dans la gestion du risque. Les autorités locales devront exercer un contrôle accru sur l’urbanisation dans les zones exposées, et assumer, peut-être, un devoir d’honnêteté vis-à-vis des habitants qui résident sur des territoires où leurs biens risquent de ne pas être couverts à 100 %. Dans un contexte où les budgets communaux sont déjà contraints, la perspective d’avoir à combler des manques d’assurance révèle un risque financier considérable pour les citoyens et pour les collectivités elles-mêmes.
Une surmortalité supérieure à la crise du covid-19
Les débats ont également porté sur l’ampleur des enjeux de santé publique. Les experts ont rappelé que les vagues de chaleur, qui vont se multiplier et s’intensifier, sont responsables aujourd’hui d’environ 1000 décès par an en Belgique (soit bien plus que lors de l’épidémie de covid!). À Bruxelles, l’effet d’îlot de chaleur urbain peut élever la température de la ville de plus de dix degrés par rapport à la périphérie, exacerbant les risques dans les quartiers denses. Parmi les populations les plus vulnérables figurent les personnes âgées, et la Belgique, comme beaucoup de pays européens, fait face à un vieillissement démographique qui amplifie la vulnérabilité collective. Les quartiers les plus défavorisés sont souvent les plus exposés : logements exigus, isolation insuffisante, absence d’accès à un extérieur ou à un espace vert, voilà autant de facteurs qui favorisent une surmortalité liée à la chaleur. À cela s’ajoute la progression de maladies autrefois cantonnées aux zones tropicales, comme le Chikungunya ou le Zika, transmises par le moustique tigre dont la présence dans notre pays ne fait qu’augmenter.
Une pression accrue sur les services de secours
La répétition et l’intensification des événements extrêmes pèsent aussi sur les services de secours et de sécurité (pompiers, police, protection civile) qui voient leur charge de travail augmenter dans un contexte où certaines zones connaissent déjà des manques criants d’effectifs. Pour soulager ces services, plusieurs intervenants ont proposé des pistes: la mise en place de réseaux de citoyens volontaires, référents de quartier et formés pour être activables rapidement en cas de catastrophe, et capables d’informer et d’orienter leurs voisins. Un tel dispositif, en renforçant la réactivité locale et la solidarité, pourrait contribuer à alléger la pression opérationnelle et financière pesant sur les communes.
Renforcer les capacités d’action locales
L’ensemble de ces constats renforce l’idée que la résilience climatique doit se déployer à l’échelle locale. Les communes sont en première ligne face aux impacts concrets du changement climatique (inondations, canicules, risques sanitaires, tensions budgétaires) et elles doivent pouvoir compter sur une reconnaissance accrue de leur rôle dans les politiques climatiques, ainsi que sur des moyens humains et financiers renforcés pour anticiper, protéger et accompagner les populations.
Brulocalis appelle dès lors à une réelle prise en compte du niveau communal dans la stratégie nationale d’adaptation et dans le futur plan d’action fédéral, afin que la capacité de réponse et d’adaptation des territoires soit à la hauteur des risques identifiés par le BCRA.
Plus d'info
Consultez le rapport sur le site du CERAC